Sèche ou déshydratée
La peau tire après la douche, accroche sous les doigts, pèle en fines écailles sur les tibias, et les pulls en laine deviennent insupportables. La peau sèche, que les médecins appellent xérose, est l'une des plaintes les plus fréquentes en dermatologie, et elle devient presque la règle avec l'âge.
On la confond souvent avec la peau déshydratée. Une peau sèche manque de lipides : c'est souvent un état durable, constitutionnel ou lié à l'âge. Une peau déshydratée manque d'eau, de façon plus passagère, et cela peut arriver à n'importe quelle peau, y compris une peau grasse qui brille en surface. En pratique, les deux se rejoignent : sans lipides pour la retenir, l'eau s'en va.
Une barrière qui fuit
La couche la plus superficielle de la peau ressemble à un mur de briques. Les briques sont des cellules mortes aplaties ; le mortier, un mélange de lipides (céramides, acides gras, cholestérol). C'est ce mortier qui empêche l'eau de s'évaporer et les irritants d'entrer. Quand il s'appauvrit, l'eau s'échappe en permanence, la surface se craquelle et les terminaisons nerveuses deviennent plus faciles à irriter. D'où les démangeaisons, qui accompagnent si souvent la peau sèche et qui, à force de grattage, peuvent finir par déclencher un eczéma.
Ce qui assèche
Certaines personnes ont la peau sèche depuis toujours, souvent dans un contexte familial d'eczéma ou d'allergies. Mais la plupart du temps, ce sont l'âge et l'environnement qui font le travail. Après 60 ans, la peau produit moins de sébum et renouvelle plus lentement ses lipides ; la ménopause accentue le phénomène.
L'hiver est la saison critique : le froid dehors, le chauffage dedans et un air intérieur très sec. Le mode de vie compte au moins autant. Les douches longues et chaudes, les bains moussants, les savons classiques et les gels parfumés dissolvent les lipides protecteurs. Le lavage fréquent des mains, les détergents, l'eau chlorée de la piscine font de même. Certains médicaments assèchent aussi la peau, comme l'isotrétinoïne prescrite contre l'acné ou certains diurétiques.
Et boire plus d'eau ?
C'est le conseil qu'on entend partout. Il est juste pour la santé en général, mais il a peu d'effet sur une peau sèche chez quelqu'un qui boit déjà normalement. L'hydratation de la surface dépend avant tout de la capacité de la barrière à retenir l'eau, pas de la quantité bue. Une personne âgée qui boit trop peu, en revanche, peut voir sa peau en souffrir, et là, boire davantage a du sens.
Tout se joue sous la douche
C'est là que tout se joue, bien plus que dans le choix de la crème. Une douche courte, cinq à dix minutes, à l'eau tiède plutôt que chaude. Un nettoyant sans savon (on parle de syndet, d'huile lavante ou de pain dermatologique), utilisé seulement sur les zones qui en ont besoin : aisselles, plis, pieds. Le reste du corps se contente très bien de l'eau la plupart des jours. On sèche en tamponnant avec la serviette, sans frotter.
Puis, dans les minutes qui suivent, pendant que la peau est encore un peu humide, on applique la crème. Ce timing change beaucoup de choses : l'émollient retient alors l'eau qui vient d'être absorbée au lieu de s'étaler sur une peau déjà desséchée.
Choisir sa crème
Pour le corps, la texture se choisit selon l'intensité de la sécheresse : un lait pour une peau un peu sèche, une crème quand elle tire franchement, un baume ou un cérat pour les zones très sèches ou craquelées. Plus la texture est riche, plus elle protège, au prix d'un fini un peu gras qu'on accepte mieux le soir.
Dans la composition, quelques ingrédients ont fait leurs preuves. La glycérine attire et retient l'eau. La vaseline et la paraffine forment un film qui limite l'évaporation, et restent parmi les plus efficaces malgré leur mauvaise réputation. Les céramides aident à reconstituer le mortier de la barrière. L'urée, à 5 ou 10 %, hydrate et assouplit les zones épaisses comme les talons ; à plus forte concentration, elle est réservée aux peaux très épaissies et pique sur les crevasses. Évitez les crèmes parfumées, qui irritent une peau déjà fragilisée.
La régularité compte plus que le produit. Une crème basique appliquée tous les jours fait mieux qu'un soin coûteux utilisé de temps en temps. Les mains, qui se lavent dix fois par jour, demandent une crème après chaque lavage ou presque, et les pieds une application le soir, éventuellement sous des chaussettes en coton. Dans la chambre, un air moins chauffé (autour de 19 °C) et un peu moins sec aident aussi.
Quand ce n'est plus une simple peau sèche
Une sécheresse qui résiste à plusieurs semaines de soins bien faits, des démangeaisons qui réveillent la nuit, des plaques rouges qui suintent ou des crevasses qui saignent méritent un avis médical. Il peut s'agir d'un eczéma, qui se soigne avec des traitements spécifiques. La peau sèche peut aussi être le reflet d'une cause interne : une thyroïde qui fonctionne au ralenti, un diabète, une maladie des reins, un effet de médicament, ou plus rarement une ichtyose, une maladie héréditaire de la peau. Des démangeaisons intenses et généralisées, surtout sur une peau qui paraît presque normale, doivent toujours être signalées au médecin.
Sources
- Manuels MSD (grand public) — Sécheresse cutanée (xérodermie)
- Assurance Maladie (ameli.fr) — Eczéma ou dermatite atopique : causes, symptômes et évolution
Cet article a une visée informative et ne remplace pas l'avis d'un médecin. Une erreur ? Signalez-la-nous.
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