Observer une plaque avant de chercher un nom
En dermatologie, une plaque est simplement une zone de peau modifiée de plus d'un centimètre. Ce mot couvre des dizaines de maladies, et c'est l'observation qui fait le premier tri. Est-ce que la surface pèle en petites peaux, suinte, forme des croûtes ? Les bords sont-ils nets comme découpés au ciseau, ou flous ? Le pourtour est-il plus rouge que le centre ? Où se trouve la plaque, et y en a-t-il une autre, symétrique, de l'autre côté ? Est-ce que ça gratte, brûle, ou rien du tout ?
Ces détails, notés sur un papier avec la date d'apparition, valent beaucoup en consultation. Une photo tous les quelques jours aussi, parce qu'une éruption a la fâcheuse habitude de pâlir le jour du rendez-vous.
Le psoriasis
Il concerne 2 à 3 % des Français et débute le plus souvent entre 20 et 40 ans. La peau se renouvelle beaucoup trop vite, sur fond d'inflammation, et les cellules s'empilent en surface. Cela donne des plaques rouges, épaisses, bien délimitées, couvertes de squames blanchâtres, avec une préférence marquée pour les coudes, les genoux, le cuir chevelu et le bas du dos. Les ongles peuvent être touchés aussi.
Dans près d'un tiers des cas, un proche est atteint. Les poussées suivent volontiers un stress, une infection, certains médicaments, l'alcool ou le tabac, et les zones de frottement sont les premières touchées. Le soleil, lui, joue dans les deux sens : il améliore certains psoriasis et en aggrave d'autres.
Le psoriasis ne s'attrape pas et n'a rien à voir avec l'hygiène — deux choses que les personnes atteintes aimeraient voir mieux connues. Les formes limitées se soignent avec des crèmes, des pommades ou des lotions ; les formes étendues relèvent de la photothérapie ou de traitements par voie générale prescrits par le dermatologue. Des douleurs ou un gonflement des articulations doivent être signalés, car ils peuvent accompagner la maladie.
Pour aller plus loin, nous lui consacrons un article complet.
L'eczéma
L'eczéma atopique, qu'on appelle aussi dermatite atopique, évolue par poussées sur une peau sèche en permanence. Il commence généralement chez le nourrisson, mais environ 5 % des adultes en ont encore, ou en ont pour la première fois. Les plaques sont rouges, aux contours flous, parfois suintantes, et elles grattent bien plus qu'elles n'en ont l'air. Chez l'adulte, on les trouve plutôt sur le visage, le cou, les plis des coudes et des genoux, et les mains.
L'eczéma de contact, lui, se dessine exactement là où la peau a touché l'allergène. Le nickel d'une boucle de ceinture laisse une plaque sous le nombril, un vernis à ongles peut se manifester… sur les paupières, qu'on touche sans y penser. Tant que l'allergène n'est pas identifié et écarté, l'eczéma revient.
Dans les deux cas, on soigne la barrière cutanée avec des émollients, tous les jours, et on calme les poussées avec les crèmes anti-inflammatoires que prescrit le médecin.
Mycoses, pityriasis, vitiligo
Une plaque ronde dont le bord rouge et squameux avance pendant que le centre s'éclaircit fait penser à une mycose de la peau. On l'attrape au contact d'un chat ou d'un chien, d'un sol humide de vestiaire, d'une autre personne. Attention au réflexe de la crème à la cortisone qui traîne dans l'armoire : elle calme l'aspect quelques jours mais aide le champignon à s'étendre. En cas de doute, le médecin peut gratter quelques squames pour les faire analyser avant de traiter.
Le pityriasis rosé de Gibert a un scénario bien à lui. D'abord une seule plaque ovale, rosée, sur le tronc ; puis, une ou deux semaines plus tard, une multitude de petites taches alignées le long des côtes, qu'on compare à un sapin de Noël vu de dos. Il est bénin et disparaît seul en quelques semaines, ce qui n'empêche pas de le faire confirmer.
Le pityriasis versicolor est dû à une levure qui vit normalement sur la peau. Il dessine sur le haut du dos et la poitrine des taches qui pèlent très finement, plus claires ou plus foncées que la peau voisine, et qu'on remarque surtout en sortant de vacances. Le vitiligo, enfin, donne des plaques blanches, lisses, sans démangeaisons, souvent symétriques sur les mains, le visage ou les plis. Il n'est ni contagieux ni dangereux, mais il peut peser lourd au quotidien, et il existe des traitements.
Sur une peau foncée, les plaques ne sont pas rouges
Presque toutes les descriptions parlent de plaques « rouges ». Sur une peau noire ou mate, l'inflammation se voit plutôt violacée, brun foncé ou grisâtre, et elle est plus discrète. Un psoriasis peut passer pour une tache sombre, un eczéma pour une simple zone sèche et épaissie. Ces plaques laissent aussi plus souvent, en guérissant, des taches pigmentées qui mettent des mois à s'estomper. Mieux vaut donc se fier au relief, aux squames et aux démangeaisons qu'à la couleur, et le dire clairement au médecin.
Quand s'inquiéter
Une plaque rouge, chaude, gonflée et douloureuse, le plus souvent sur une jambe, avec de la fièvre, ressemble à un érysipèle : une infection bactérienne qui demande des antibiotiques sans attendre. Si la zone devient violacée ou noirâtre, très douloureuse ou au contraire insensible, et s'étend en quelques heures, c'est une urgence chirurgicale et on appelle le 15. Même chose pour une éruption étendue avec fièvre, des lésions dans la bouche ou les yeux, ou une peau qui se décolle, surtout dans les semaines qui suivent un nouveau médicament.
Sans aller jusque-là, une plaque qui ne guérit pas en quatre à six semaines malgré des soins adaptés, qui saigne ou qui s'ulcère, doit être montrée. Une petite biopsie permet parfois d'écarter un cancer de la peau.
Chez le médecin
Dans la majorité des cas, regarder suffit. Le médecin observe la plaque, parfois avec un dermatoscope (une loupe éclairante), puis le reste du corps, les ongles et le cuir chevelu : c'est fréquemment une seconde localisation qui fait basculer le diagnostic. Selon le cas, il grattera quelques squames à la recherche d'un champignon, ou prélèvera un minuscule fragment de peau sous anesthésie locale. Si vous pouvez, ne mettez pas de crème sur la zone dans les jours qui précèdent, et apportez la liste de ce que vous avez déjà essayé.
Sources
- Assurance Maladie (ameli.fr) — Comprendre le psoriasis
- Assurance Maladie (ameli.fr) — Traitement du psoriasis
- Assurance Maladie (ameli.fr) — Eczéma ou dermatite atopique : causes, symptômes et évolution
- Assurance Maladie (ameli.fr) — Eczéma de contact : causes, symptômes et évolution
Cet article a une visée informative et ne remplace pas l'avis d'un médecin. Une erreur ? Signalez-la-nous.
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